17 février 2026

Comment redynamiser les centres-villes ? Un enjeu des élections municipales sur la métropole toulonnaise

La vitalité du cœur de ville tout comme l’accessibilité et la variété de l’offre commerciale sont l’une des préoccupations des électeurs.

Des cœurs de ville dynamiques où il fait bon flâner… et consommer. C’est un peu le Graal pour les municipalités. Car qui dit dynamisme, dit attractivité. Qui dit attractivité, dit consommation. Qui dit consommation dit économie au beau fixe. Vous voyez le cercle vertueux ? Les élus l’imaginent, eux, très bien. À défaut de le vivre. Car ce n’est pas une nouveauté, beaucoup de centres-villes sont en perte de vitesse. En cause notamment : des finances en berne, des centres commerciaux aimants à consommateur, sans compter l’essor du e-commerce.

Plan d’action national

La problématique interpelle jusqu’au plus haut niveau de l’État. En novembre dernier, un plan d’action national commandé par le gouvernement a été dévoilé pour enrayer le phénomène et donner des pistes d’action pour les communes. Plusieurs axes sont développés dans le document. Parmi eux, on peut noter la mise en place d’une taxe sur les friches commerciales. pour inciter les propriétaires à louer ou vendre leurs locaux. La ville d’Hyères a voté une telle mesure en 2017. Elle prévoit que les propriétaires des locaux restés vides depuis au moins deux ans paient une taxe supplémentaire. Économiquement, l’efficacité de cette mesure semble laisser à désirer. En 2023, seuls dix magasins auraient payé cette taxe, selon l’administration fiscale. Six-Fours ou encore La Seyne ont également opté pour cette mesure.

Mais c’est Toulon qui est prise en exemple par les auteurs du rapport ministériel. Ils saluent notamment la « stratégie globale mise en place ». Elle « conjugue intervention en matière d’habitat, de transformation des espaces publics et de création d’équipements publics, de requalification commerciale, de transformation économique du quartier et d’insertion économique de ses habitants », assurent-ils.

L’animation, la clé du succès ?

Toulon qui s’est également dotée d’un manageur de centre-ville en 2018. Une fonction dont l’efficacité a fait ses preuves au niveau national selon le rapport. Son rôle : favoriser les implantations, faire le lien entre les commerçants, mais aussi animer le secteur. Les animations jouent un rôle important quand on parle d’attractivité. L’association les Vitrines de Toulon l’a bien compris et les multiplie : défilé de mode, parcours de street-art, concours… Tout est bon pour faire venir le client.

Miser sur l’association public-privé

D’après les experts, ce qui fonctionne également plutôt bien, ce sont les foncières immobilières. Dans le rapport, il est noté qu’elles permettent de « remettre en état les locaux insalubres » ou encore « choisir les activités économiques installées dans ces locaux ». Et de conclure : « Elles sont un atout pour financer directement des projets de revitalisation à fort effet levier. » En 2021, le groupe Sebban débarque à Toulon. Depuis, la foncière immobilière basée à Aix-en-Provence n’en finit pas de s’étendre en centre-ville. C’est à elle qu’on doit le retour à la vie de la rue d’Astour, le dynamisme de la rue d’Alger ou encore de la rue Lendrin. Elle est également actionnaire majoritaire de la SCI de la rue des Arts… Forte de son expérience dans l’installation de commerces, elle ne compte pas s’arrêter là.

Les aides à disposition

Plusieurs programmes nationaux peuvent participer au renouveau des cœurs de ville. Toulon a bénéficié de fonds provenant de l’ANRU (Agence nationale de renouvellement urbain). La Seyne profite, elle, du NPNRU (Nouveau programme national de renouvellement urbain). D’autres directions sont à explorer, comme les projets Action cœur de ville ou Petites villes de demain (Le Beausset). Si le déclin des centres-villes et des commerces de proximité est bel et bien réel, il n’est pas inéluctable.

Certains candidats n’hésitent pas à en faire un argument de campagne. Ils veulent stopper la multiplication des « barbers » et autre « kebabs » qui fleurissent dans certains quartiers des villes où ils se présentent. Il faut dire que la demande revient régulièrement chez certains habitants. Nous en avons notamment croisé à Toulon, du côté du Pont-du-Las. Quatre amis retraités regrettent un temps révolu : « Avant, c’était un quartier recherché, on avait des beaux magasins. Maintenant, on n’a plus que des “barbers”, des snacks et des épiceries de nuit. Rendez-nous nos boucheries et nos primeurs ! » Si derrière ses remarques, il peut y avoir une crainte d’un communautarisme, cela joue également sur la pluralité de l’offre. « C’est primordial pour faire venir du monde dans son centre-ville de proposer plusieurs types de magasins. Il faut aller dans ce sens », estime un responsable de boutique. Mais un maire a-t-il la possibilité de choisir les commerçants qui s’installent sur sa commune ? La réponse est non. Le principe de la liberté d’installation prévaut. Il existe depuis 1791 avec la promulgation du décret d’Allarde.

Pouvoir de police

Pour autant, les municipalités peuvent se prévaloir de certaines armes efficaces pour mener à bien une politique autour du commerce. La première d’entre elles est son pouvoir de police. Le maire peut agir pour des raisons liées à la sécurité, l’ordre public ou encore l’hygiène.

Jouer sur les prérogatives urbanistiques

La Ville a également la possibilité de préempter un local. S’il est à la vente, elle aura ainsi la priorité pour le racheter et ensuite lui donner la fonction qu’elle choisirait. Mais qui dit préemption dit forcément dépenses…

En amont, les pouvoirs publics peuvent déterminer, via le plan local d’urbanisme, les zones où les commerces peuvent s’installer. Par ailleurs, les maires ont également la possibilité d’accepter ou non les demandes d’urbanisme. On parle ici d’autorisation de construction ou de changement de destination d’un local.

L’occupation du domaine public est également entre les mains du premier magistrat. C’est en effet la commune qui délivre les autorisations de terrasses ou encore d’étalages sur le trottoir.

Des actions annexes

« Personnellement, je préfère faire mes courses dans les zones commerciales, c’est plus facile pour se garer », raconte une Toulonnaise. Le stationnement est souvent un frein pour venir en centre-ville. Certaines communes ont donc pris le parti du parking gratuit. La Garde et La Valette, pour ne citer qu’elles, en proposent deux chacune dans leur cœur de ville. D’autres, à l’image de Toulon et La Seyne, offrent des heures gratuites certains jours et à certaines heures.

L’embellissement du périmètre est aussi une carte que peuvent jouer les maires. La capitale du Var a beaucoup misé dessus ces vingt dernières années. Et les passants ne s’y trompent pas. « Les façades ont été refaites. Il y a de la couleur et même des plantes. J’aime aussi le côté piéton, qui est un gros plus », témoigne Francine, Toulonnaise depuis toujours. Un cadre attractif, ce sont des visiteurs qui reviennent et des commerces qui viennent s’installer…

Dans un rapport commandé par le gouvernement et rendu en novembre dernier, les experts citent Toulon en exemple pour la redynamisation de son centre-ville. Nous sommes allés sur place pour prendre le pouls parmi les passants.

Annie, 66 ans, ne cache pas son enthousiasme. Toulonnaise depuis toujours, elle retrouve depuis quelques années le centre-ville de son enfance. « Quand j’étais jeune, c’était très animé, joyeux. Et petit à petit, ça a été le déclin. On peut même dire que c’était mort… Après l’ouverture du centre commercial Mayol, les boutiques ont fermé une à une. Et là, la vie reprend. C’est une très bonne nouvelle. »

Un changement radical qu’elle explique notamment par le lifting dont a pu bénéficier le quartier. « Les façades ont été refaites avec de belles couleurs, les traverses réhabilitées et même, pour certaines, habillées de belles fresques. C’est beaucoup mieux. Cela donne envie de flâner. »

Seul regret : le marché

Et les commerces alors ? « Je note une belle variété dans l’offre. Il y a eu beaucoup d’ouvertures ces derniers mois. On trouve un peu de tout. Ce qu’ils ont fait rue des Arts avec les galeries, je trouve ça vraiment super. »

Tout est parfait alors ? Annie ne va pas jusque-là. « J’ai quand même un reproche à faire au centre-ville de Toulon, c’est le marché du cours Lafayette. Franchement, ce n’est plus ce que c’était ! On n’est loin du marché de Provence que chantait Bécaud. » Dans sa ligne de mire : la baisse du nombre des revendeurs et l’origine des fruits et légumes vendus. « Et puis remettez-nous les vrais chichis frégis ! »

Différentes initiatives

L’art, facteur d’attractivité ?

Pour redynamiser leur cœur de ville, certaines communes ont parié sur les artistes. Le territoire a ainsi vu fleurir plusieurs parcours des arts ou autre rue des arts. C’est notamment le cas à Ollioules. La commune est engagée depuis près de trente ans dans la mise en valeur des métiers d’art. Elle accueille aujourd’hui quelque quarante ateliers d’artistes et d’artisans. Hyères, quant à elle, a lancé son « Parcours des arts » en 2017. Aujourd’hui une trentaine d’ateliers font revivre plusieurs artères de la vieille ville. À Toulon, c’est la rue Pierre-Sémard qui s’est transformée en rue des Arts. Son « ouverture » officielle date de mai 2017. Du côté de La Seyne, le parcours des fresques a également l’ambition de faire revenir le public en centre-ville.

Des boutiques éphémères

La technique est bien connue dans les centres commerciaux, elle marche également dans les centres-villes. Il s’agit de l’installation de magasins pour une durée limitée dans le temps. Double avantage : cela permet aux professionnels de tester leur concept et aux villes de combler le vide.

Six-Fours a tenté cette expérience à l’été 2024. Une boutique de nougat et de café s’est d’abord installée dans des locaux vacants de l’avenue de la République, avant de laisser place à une confiserie. Depuis un boucher s’est installé et ce sera bientôt le tour d’un parfumeur.

Une coopérative

Autre initiative, seynoise cette fois : celle de la coopérative Le village. Elle a été créée en 2020 avec pour objectif de « contribuer à la relance du cœur de ville par la création d’activités et d’emplois, la promotion de producteurs locaux et des circuits courts ». Les Métayers anti-gaspi ont ainsi profité d’un accompagnement. Tout comme plusieurs commerçants, même si leurs boutiques n’ont pas forcément duré dans le temps.

Une aide aux loyers

Le montant des loyers est souvent un frein à l’installation de nouveaux commerces. Certaines villes peuvent proposer des aides en ce sens. Voire offrir un loyer progressif sur plusieurs années. À Toulon, la rue des Arts, pour convaincre les porteurs de projet de venir s’y établir, a pratiqué cette méthode.

Une zone franche

Depuis 2006, le centre-ville de Toulon est devenu une zone franche urbaine. Le dispositif prévoit des mesures incitatives, notamment sur la fiscalité (exonération de l’impôt sur les bénéfices, avantages sur la taxe foncière, avantages sur les cotisations économiques territoriales), pour toute installation d’entreprise, commerce ou profession libérale. Le résultat, selon la Ville : 20 % de vacance de locaux en moins. Une demande a été faite fin 2025 pour que la zone franche soit prolongée.

source : https://www.nicematin.com/economie/commerce/comment-redynamiser-les-centres-villes-un-enjeu-des-elections-municipales-sur-la-metropole-toulonnaise-10665179

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